L’US 119 est l’un des rares agrumes rustiques dont le fruit ressemble vraiment à une orange. C’est un hybride américain de pomelo, de Poncirus trifoliata et d’orange douce. Il vaut la peine d’être planté par un collectionneur patient, dans un coin abrité, à condition d’accepter trois défauts : un goût de Poncirus qui s’efface seulement si le fruit mûrit longtemps, des fruits qui éclatent facilement et une rusticité réelle plus proche de −10 °C que des −14 °C parfois annoncés.
Le verdict tient en une ligne : excellent agrume de collection, mauvais premier agrume. Si le but est de manger de bonnes oranges dès la troisième année, mieux vaut commencer par une satsuma ou un yuzu. Si l’idée est de tenter l’orange rustique et de découvrir cet hybride, il mérite sa place. La suite explique pourquoi.
La fiche de l’US 119 donne les repères résumés ; ce portrait en tire les conséquences pratiques.
Qu’est-ce que l’US 119 ?
« US 119 » est le nom d’usage d’un hybride complexe issu d’un programme de l’USDA, le ministère américain de l’Agriculture. Le « US » renvoie à ce programme, pas à un pays de culture. La collection de l’Université de Californie à Riverside le classe parmi les hybrides ×Citroncirus, c’est-à-dire les croisements entre un Citrus et Poncirus trifoliata, sous les identifiants CRC 3998, PI 539832 et VI 489. UC Riverside.
Ces identifiants permettent de ne pas le confondre avec d’autres sélections numérotées, comme l’US 145, qui est une lignée différente.
Quelle est sa généalogie ?
La formule à retenir est celle de la collection de Riverside : (pomelo Duncan × Poncirus trifoliata) × orange douce Succory. Un citrumelo, croisement de pomelo et de Poncirus, a été recroisé avec une orange douce. Le résultat : environ un quart de Poncirus, un quart de pomelo et la moitié d’orange douce.
Deux autres formulations circulent et sont à écarter. La première, un citrumelo « Dunstan » avec un Poncirus « Gotha Road », ne s’appuie sur aucun document de sélection consulté. La seconde, un fond « mandarinier », vient d’une classification d’étude sensorielle et ne correspond pas à la généalogie de Riverside.
Ce que cela change à la culture : l’US 119 est surtout une orange par ses gènes. La part de Poncirus apporte la tolérance au froid, mais elle explique aussi les défauts du fruit.
D’où vient-il ?
Les greffons sont arrivés de Floride à Riverside en 1988, rapportés par le docteur Gumpf, à partir du semis d’origine numéroté FF 5-9-11. Une fiche technique de l’USDA de juillet 1988 est conservée dans les archives de la collection. UC Riverside.
Il s’inscrit dans les programmes d’hybridation de l’USDA en Floride et au Texas, qui croisent depuis les années 1930 au moins des agrumes avec Poncirus trifoliata, d’abord pour des porte-greffes, puis pour des arbres fruitiers.
L’année exacte de création et le nom de l’obtenteur ne sont documentés nulle part. Les dates qui circulent, en particulier sur d’anciennes fiches, ne reposent sur aucune pièce consultable : la seule date solide est 1988, l’arrivée des greffons à Riverside.
Que vaut son fruit ?
Verdict : bon s’il mûrit tard, décevant s’il est cueilli tôt.
Le fruit ressemble à une petite orange, ferme et juteuse, avec peu de pépins. À maturité complète, il est sucré, peu acide, avec des notes qu’on compare à la banane ou à la mangue. Mais une note de Poncirus, herbacée, résineuse et astringente, domine souvent les premières semaines de maturité.
Les cultivateurs le confirment avec des avis très partagés :
- un cultivateur de la région parisienne le trouve bon et mûr en janvier, sans influence de Poncirus ;
- un cultivateur de Floride le juge immangeable, à cause d’une chair qui rappelle le goût de l’écorce ;
- un troisième observe que la note de Poncirus disparaît si les fruits restent sur l’arbre jusqu’en mars et que des arômes tropicaux apparaissent.
Une étude sensorielle publiée en 2025 sur du jus récolté en novembre va dans le même sens : jus astringent, vert, un peu amer (4,6 sur 15, loin de la Valencia à 1,5), avec 10,9 % de sucres solubles pour 0,67 % d’acidité. Novembre est tôt pour un arbre qui mûrit tard ; ce résultat décrit donc un fruit cueilli trop vite, pas son meilleur état.
Ce qu’il faut en faire : attendre. Dans un climat doux, laisser les fruits jusqu’en janvier si le gel ne menace pas. Goûter avant de juger. Compter sur un jus et une consommation en fruit plutôt que sur une orange de supermarché.
Pourquoi les fruits éclatent-ils ?
Verdict : c’est le principal défaut de la variété, et il demande une conduite attentive.
Les pépinières signalent une tendance à l’éclatement pendant la maturation, et plusieurs cultivateurs le confirment : fruits « extrêmement fragiles » qui s’ouvrent après un léger stress hydrique en région parisienne, fruits fendus peu avant la maturité en Suisse, au point qu’un cultivateur n’a jamais goûté un fruit mûr.
La cause précise n’est pas démontrée pour cet hybride. Les gestes qui ont du sens sont ceux qui limitent les écarts d’humidité :
- arroser régulièrement pendant la maturation, sans alterner sécheresse et gros apport d’eau ;
- pailler pour lisser l’humidité du sol ;
- placer l’arbre à la position la plus chaude et la plus abritée possible, ce qui est aussi recommandé pour améliorer la saveur.
La greffe sur Poncirus et l’apport de calcium sont évoqués comme remèdes ; ce sont des pistes, pas des solutions éprouvées. Ne pas compter dessus.
Quelle rusticité attendre, et dans quelles conditions ?
Verdict : prévoir une protection dès −8 °C, planifier sur −10 °C et ne pas compter sur −14 °C.
Le repère le plus cité est −12 °C pour un arbre adulte, bien installé, en situation abritée et lors d’un gel ponctuel. Il vient de pépinières et de livrets de culture américains qui le présentent comme « à confirmer ». Aucun essai publié n’en donne la mesure : la fiche de Riverside ne mentionne pas la rusticité.
Les retours de terrain sont plus prudents que le catalogue :
| Cultivateur et lieu | Observation | Ce qu’il faut en retenir |
|---|---|---|
| Région parisienne, France | Arbre de trois ans en pleine terre perdu après −10 °C | Un jeune arbre ne tient pas −10 °C sans protection |
| Tallahassee, Floride | Arbre planté en 2004, décrit comme très rustique, après des minimums de l’ordre de −10 °C | Un arbre établi peut passer −10 °C |
| Brno, République tchèque | Résistance jugée supérieure aux données publiées, en pot | Aucune température donnée |
Les livrets américains notent aussi des dégâts sur de jeunes plants dès les basses vingtaines de degrés Fahrenheit, soit environ −7 à −5 °C.
Ce que cela donne en pratique :
- Jeune plant (1 à 3 ans) : protéger dès −5 °C, voile d’hivernage ou rentrée en pot.
- Arbre établi : protection dès −8 °C, surtout si le gel dure plusieurs jours ou si le sol gèle.
- Seuil de prudence : −10 °C. Au-delà, prévoir une perte partielle ou totale.
- Valeur haute : −12 °C, seulement pour un gel bref, sur un arbre adulte, en position abritée.
La fiche du site retient pour l’instant −14 °C : c’est le repère maximal du catalogue, à ne pas utiliser pour dimensionner une protection. Pour raisonner sur des températures annoncées, le guide climat et acclimatation détaille la méthode. Le froid réel dépend aussi de l’âge, du porte-greffe, de l’état végétatif de l’arbre et du microclimat.
Comment le cultiver ?
Emplacement. Un mur exposé au sud, à l’abri du vent, est le meilleur choix. L’arbre est érigé et épineux, de vigueur moyenne à forte et de croissance lente à ses débuts. Il peut atteindre environ 4,6 à 5,5 mètres de haut dans de bonnes conditions ; en France, il restera souvent plus modeste.
Porte-greffe. Le Poncirus ou le FA5 sont les choix logiques pour un jardin froid. Leur effet précis sur la rusticité de cet hybride n’est pas documenté, mais ils sont adaptés aux sols des jardins. Pour un grand pot, le Flying Dragon, nanisant, est proposé par certaines pépinières. Le guide du porte-greffe FA5 explique ce que ces sujets apportent.
Récolte. À Riverside, le fruit mûrit en octobre et novembre. En Europe, il faut plutôt viser novembre à janvier, selon le climat. Laisser les fruits sur l’arbre améliore la saveur, mais un fruit mûr exposé au gel s’altère : surveiller les prévisions et cueillir avant une vague de froid.
Mise à fruit. Elle est lente. Prévoir plusieurs années avant la première récolte, surtout sur un porte-greffe vigoureux.
Culture en pot. C’est une bonne option dans les régions froides. La logique de rentrée est celle de Quand rentrer un agrume en pot ? : surveiller les minimums, la lumière et l’état des feuilles plutôt que suivre une date.
Quelle place parmi les agrumes rustiques ?
Dans le Top 15 des agrumes les plus rustiques, l’US 119 se trouve au second palier, avec des fruits de bouche et des usages en jus. Une différence d’un degré dans un catalogue ne compense pas la maturité, l’exposition et la durée du gel.
La logique du groupe des hybrides de Poncirus est simple : plus la part de Poncirus augmente, plus la rusticité progresse et plus la qualité du fruit baisse. L’US 119 occupe le point intermédiaire où l’on conserve un fruit utilisable. Deux autres hybrides du site permettent de situer cet équilibre :
| Agrume | Type de fruit | Point fort | Point faible |
|---|---|---|---|
| US 119 | Type orange, juteux | Fruit ressemblant à une orange | Note de Poncirus, éclatement, maturité tardive |
| Citrangequat Thomasville | Petit fruit acide et parfumé | Fruit confit, en liqueur ou en marmelade | Petit fruit acide, pas une orange à croquer |
| Citrumelo Five Star | Hybride de pomelo et de Poncirus | Même famille de croisements que l’US 119 | Fruit acidulé, parfois amer, plutôt pour le jus et la cuisine |
Faut-il le planter ?
Oui, si :
- l’objectif est de collectionner les agrumes rustiques et de tenter une orange hybride ;
- le jardin offre un emplacement abrité, plein sud, avec une protection prête pour l’hiver ;
- il est possible d’attendre plusieurs années et d’arroser régulièrement ;
- la culture en grand pot avec rentrée hivernale est envisageable.
Non, si :
- l’attente est un fruit de bouche sûr dès la première récolte ;
- le jardin connaît des gels de −10 °C ou plus sans possibilité d’abri ;
- l’arrosage régulier n’est pas assuré.
Pour une première expérience d’agrumes rustiques, une satsuma ou un yuzu offrent un meilleur rapport entre fiabilité et plaisir. L’US 119 reste la variété des curieux, qui apprécient le défi autant que le fruit.
Questions fréquentes sur l’US 119
Qu’est-ce que l’US 119 ?
C’est un hybride américain de pomelo, de Poncirus trifoliata et d’orange douce, classé ×Citroncirus par la collection de Riverside, avec environ un quart de Poncirus, un quart de pomelo et la moitié d’orange douce.
À quelle température l’US 119 résiste-t-il ?
Compter sur −10 °C comme seuil de prudence, et −12 °C seulement pour un arbre adulte et abrité lors d’un gel bref. Un jeune arbre a été perdu à −10 °C et des jeunes plants sont abîmés dès −7 à −5 °C. Le repère de −14 °C n’est pas confirmé.
L’US 119 est-il bon à manger ?
Oui, s’il mûrit longtemps : le fruit est alors juteux, sucré et parfumé. Cueilli tôt, il garde une note de Poncirus astringente et peut décevoir. Goûter en décembre et janvier avant de conclure.
Pourquoi les fruits de l’US 119 éclatent-ils ?
La cause n’est pas démontrée pour cette variété. Un arrosage régulier, un paillage et un emplacement chaud et abrité sont les meilleures parades connues.
Quand récolte-t-on l’US 119 ?
À Riverside, en octobre et novembre. En Europe, de novembre à janvier selon le climat, avec un avantage pour les fruits laissés le plus longtemps possible avant le gel.
Peut-on le cultiver en pot ?
Oui, c’est même la meilleure option dans les régions froides, sur un porte-greffe adapté comme le Flying Dragon. Rentrer l’arbre avant les gels marqués. Voir Quand rentrer un agrume en pot ?.
Sources et lectures complémentaires
Références consultées le 14 octobre 2026. Les retours de cultivateurs sont des témoignages datés et localisés, pas des essais ; les repères de pépinières sont des informations commerciales.
- UC Riverside, Citrus Variety Collection, US 119 (CRC 3998), généalogie, origine des greffons, porte-greffes de collection, période de maturité à Riverside.
- Jeffries et collaborateurs, 2025, Food Chemistry: X, 26, 102289, flavonoïdes, amertume et profil sensoriel du jus d’agrumes avec ou sans Poncirus dans leur généalogie.
- Thomas Fruit Trees, US119, description horticole, maturité, éclatement et repère de rusticité d’une pépinière européenne.
- Greffeur d’Agrumes, US 119, généalogie, observations de pépinière et repère de rusticité.
- Woodlanders, Citrus ‘U.S. 119’ et histoire des agrumes rustiques, description d’une pépinière américaine et contexte de la sélection.
- Tropical Fruit Forum, U.S. 119… who is growing it?, témoignages de cultivateurs (France, Floride, République tchèque), 2016–2018.
- Citrus Growers Forum, US119 flavor, témoignages sur le goût et l’éclatement, 2022–2024.
- Fiche encyclopédique US 119, Top 15 des agrumes les plus rustiques et guide climat et acclimatation, pages du site liées à ce portrait.
Image de couverture : illustration générée par IA.